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Et ainsi chût un Royaume

Chapitre 1

Première partie : l'enfance de la Duchesse Elienor d'Erestria

 

Source principal : rapport de l'interrogatoire de la Duchesse après le siège du palais royal d'Erestria.

 

 

Jour 18, entrée 1 : septième interrogatoire de Elienor d'Erestria.

Premier échange avec la détenue, celle ayant refuser de parler durant les six premiers interrogatoires.

 

Interrogatoire mener par : Ian Megenlor

Retranscription par : Eïda Adenmen

 

La détenue est entrée et c'est assise. Elle a demandé du thé ce qui lui a été accordé. Le chef de brigade Megenlor lui a expliqué les derniers événements et lui a demandé de prendre la parole. Elle retorque qu'elle n'a rien d'intéressant à dire. Le chef de brigade lui demande de raconter son histoire, c'est pour cela que nous sommes là. La détenue est étonné. Le chef de brigade s'explique en ses termes : 

    « Le Roi Evektor souhaite connaître l'histoire de sa petite fille. Vous n'êtes pas notre prisonnière à proprement parler. Nous vous gardons ici pour votre sécurité et celle de la famille royale. Mais nous souhaitons simplement connaitre votre histoire et vous connaitre vous afin que le Roi puisse décider de manière juste de la suite de votre existence.»

 

Silence.

 

Elienor d'Erestria prend la parole :

 

    « Je suis la fille du Second Prince, le Duc Eretrion frère du Roi Erestème d'Eretria et de son épouse, la Duchesse Aeria fille cadette du Roi Evektor de Ravinbak. Ce mariage a été convenu suite au traité de paix entre le jeune Roi Erestème et le Roi Evektor mettant fin à une guerre de 82 ans entre les deux pays. Comme décidé dans le traité de paix ; Le Roi Evektor donna ses deux filles en mariage au Roi Erestème et à son frère le Duc Eretrion. Je suis née deux ans après le mariage de mes parents. Ma mère est morte en me donnant naissance. Mon père, le duc, déjà faible psychiquement, c'est entièrement laissé aller à sa folie. Il parlait à sa femme comme si elle était encore là mais ignorait mon existence et me frappait si j'avais le malheur de passer dans son champ de vision. Tout le personnel se faisait également martyrisé. Il ordonnait qu'on organise des bals en l'honneur de sa femme, qu'on lui fasse de nouvelles toilettes et changeaient sans cesse d'avis sur ce qu'il fallait faire ou non.

 

    Les domestiques firent tomber sur moi leurs représailles. Ils ne s'en cachaient pas, le Duc ne s'intéressant pas à mon existence ; mes souffrances ou ma mort lui serait tout aussi égale. Pendant six ans j'ai vécu dans une petite pièce humide et délabrée. Sans lumière ni réel lit. Je mangeais ce qu'on me jetait depuis la porte. 

 

    Jusqu'au jour où le Roi Erestème, son fils le Prince Héritier et son épouse la Reine Ethiqua viennent à la demeure familiale. Ils étaient venu après que des marchands et des fermiers des terres du Duc se soient rendu jusqu'au palais pour demander audience. Ils ont témoigné de ce qu'ils avaient vue et entendu : les cris du Duc, l'état du manoir toujours fermé, mon absence absolue dans et en dehors du manoir. Certains pensaient que j'étais morte. Effarés, la famille royale a décidé de venir sans prévenir. Je ne peux qu'imaginer ce qu'ils ont pensés en franchissant le portail du domaine.

 

    Ce que j'en sais ma été rapporté des années plus tard.

 

    Le Roi, son épouse et son fils ainé sont entrés dans le grand hall d'entrée. Il n'y avait personne, les fenêtres étaient closes, les peintures cachés et l'air été saturé de poussière et d'une odeur de moisissure. Les domestiques sont arrivés en catastrophe et se sont alignés de chaque côté. Le Roi a demandé où se trouvait son père et quelqu'un la guider jusqu'à ses appartements. Le Prince Héritier a demandé où je me trouvais ; personne n'a répondu. Il a eu beau hurler et menacer, aucun domestiques ne voulaient qu'on me trouve. La Reine, qui était resté sur le seuil, s'est retourné vers l'extérieur et a ordonné a ses soldats de fouiller le manoir dans son entièreté et de n'arrêter qu'une fois qu'ils m'auraient trouver. Des domestiques ont tenter de les arrêter, ils n'ont pas bien fini. De ce que j'en sais, les recherches ont durés plusieurs heures durant les quels le Prince Héritier a prit en main le manoir, consulter nos registres et fait arrêter la plupart des domestiques. La Reine, m'a t'ont dit, a avancé dans le hall et c'est arrêté devant une des peintures voilés. Elle a tiré sur le drap pour révéler le portrait de sa soeur, feu ma mère. 

 

    Je me souviens encore de la terreur que j'ai ressentie, enfouie dans mon petit débarras. J'entendais les cris indistincts des soldats et le bruit de leur passage pièce après pièce. Je m'étais recroquevillée tout au fond de ma petite pièce caché sous une chaise qui n'avait plus que trois pieds. Ils ont enfoncés la porte. Un soldat est entré puis a dit quelque chose, ensuite il y a eu des cris et des pas précipités. Toujours sous ma chaise je me faisais la plus petite possible et j'avais même cesser de respirer pensant qu'on ne me voyait pas. J'ai entendu les talons de ses chaussures, un pas léger mais décidé, puis j'ai vue le bas de sa robe, les dorures semblaient se mouvoir sous mes yeux. Elle s'est approché doucement de ma cachette et s'est agenouillé dans la crasse et la poussière. C'est alors que j'ai vue son visage pour la première fois.

 

    La Reine Ethiqua... [la détenue a marqué un temps de silence, a but puis à fini par reprendre après plusieurs minutes*] La Reine était magnifique. Non pas grâce à ses parures ou sa tenue, elle rayonnait d'une grâce naturelle. Ses yeux étaient d'un bleu profond parcouru d'or ; des yeux que, mais je ne l'ai découvert que plus tard, je partageais avec elle. Les yeux de ma mère. Son visage était doux, sa peau lisse. Pour moi, elle ne me semblait pas humaine. Elle m'a tendu la main et j'ai reculé en poussant un cri. Elle a m'a parlé doucement, sa voix était... douce et... chatoyante. Je me suis approchée, j'ai posé main petite main sale dans la sienne et elle m'a attiré contre elle avant de se relever. La Reine a marché jusqu'au carrosse sans adresser la parole à personne et personne ne tenta de l'arrêter. Son regard était levé et fier. Sa présence envahissait l'espace autour d'elle. Une fois dans le carosse, elle s'est assise et son visage c'est adoucie. Elle m'a regardé dans les yeux et je me souviens encore aujourd'hui de ses mots "tu es en sécurité à présent Elouisa". 

 

    Le reste m'était inconnu car je me suis endormie contre son sein alors qu'elle fredonnait une berceuse. Je sais que mon père a été envoyé dans un hôpital spécialisé. Que le manoir a été fermé et tout les domestiques emmenaient pour être jugé. Le Grand et Somptueux Manoir de Serenberg était désormais symbole de ruine et de déclin. Certains y verront les prémices de la fin de ma propre famille. Comme si ma naissance avait été le déclencheur de tout ce qui s'est produits. Au fond, ont-ils tords ? Après tout je suis ici, face à vous. A porter le deuil des miens et de mon pays. 

 

[Après cette déclaration la détenue a cessé de parler. Le chef de Brigade a suggéré une pause et un repas et de reprendre plus tard dans l'après-midi.]

 

* Les indications ici en crochet ont été ajouté manuellement par la greffière Eïda Adenmen afin d'éclairer le Roi et les ministres sur le comportement de la Duchesse Elienor. J'ai décidé de les préserver car ils sont aussi un indicateur de la construction psychologique de la Duchesse durant son incarcération.

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